mercredi 11 juin 2008

Courses & tiercés en bandes-dessinées par Léon ZITRONE


(Chancerel éditions, 1971)
Auteur : Pierre JOTREAU
Dessins : Harry BISHOP

Note de l'Hippopotable : ****

Il n'est pas si fréquent de voir des personnalités devenir de leur vivant des héros de bande-dessinées (à l'exception de Charles BRONSON).
C'est pourquoi, lorsqu'un personnage de la trempe du regretté Léon ZITRONE devient le héros d'une série de "strips", on peut parler d'évènement majeur. Aussitôt (dans un délai raisonnable de 37 ans) , notre blogue vous informe !

Mais de quoi s'agit-il au juste ?

Comme le titre de ce volume l'indique, Léon ZITRONE se propose de faire découvrir le tiercé au néophyte. Et quoi de plus néophyte en la matière qu'une blonde "taille mannequin", que l'on imagine plus aisément aux côtés de Steeve Mac Queen que tenant le bras de celui qui m'a personnellement été décrit par un agent immobilier l'ayant connu comme "un gros veau répugnant" (1)

Léon ZITRONE délivre donc ses conseils, non pas directement au lecteur, mais à une élégante jeune fille prénommée Alix, qui semble tout ignorer du monde ennuyeux des courses hippiques.



Avec un zèle difficilement explicable, la svelte Alix bombarde notre ami Léon de questions dont la technicité va croissant.

De "où naissent les chevaux de courses", Alix passe vite à "Qu'est- ce que la corde et quel est son importance sur le déroulement des courses ? " et à "Léon, comment se déroule la carrière d'un animal de Steeple-chase ?".


Malgré les réponses assommantes du chroniqueur sportif, qui semble lui accorder à peu près autant d'attention qu'un contrôleur aérien à une libellule posée sur le tarmac, Alix ne se décourage pas.

Soudain, le lecteur s'interroge : que veut cette Alix ? En savoir plus sur le tiercé, ou attirer l'attention du riche journaliste.
Authentique passionnée de turf, amoureuse transie ou aventurière sans scrupule, qui est vraiment Alix ?

Le lecteur se désintéresse bientôt des chevaux pour se concentrer sur cette intrigue implicite, guettant à chaque tour de page un indice indiquant le tour pris par cette singulière relation.

Arborant des tenues de plus en plus aguichantes, attrapant à la moindre occasion le bras de son pygmalion, la belle tente d'attirer l'attention du gros Léon.





Cela ira jusqu'à une scène torride, qui n'est pas sans rappeler les meilleures réclames pour les déodorants Rexona, où Alix, nue dans son bain, tente désespérément de faire comprendre à son partenaire ses véritables intentions :


"A votre avis, peut-on faire des bénéfices en jouant les couplés ?" demande la perverse ingénue. Et le fat personnage ne trouve à lui répondre qu'un assommant couplet sur les espérances de gains parmi 610 combinaisons possibles.

Véritable pamphlet sur les difficultés de communication homme/femme, cet ouvrage étonnamment moderne est donc à recommander à tous les jeunes couples.



Un mot maintenant sur
le style graphique de cette bande-dessinée


Faire de Léon Zitrone un héros de "strip" était un défi. Impossible de trouver en France ou en Belgique un dessinateur qui n'aurait versé dans la plus déplaisante caricature. On imagine un Uderzo ou un Giraud sur ce projet... Pouah !

C'est pourquoi l'éditeur de cet ouvrage a traversé la Manche pour s'adjoindre les services de Harry Bishop en personne. Auteur talentueux de strips, dont le fameux "Tarzan", ce dessinateur inscrit clairement son Léon Zitrone dans la lignée des grands héros du 9ème art :

Léon Zitrone par Harry Bishop

Rip Kirby, par John Prentice




"Léon Zitrone" par Harry Bishop


"Judge Dredd", par Ron Smith



Un ouvrage indispensable

(1) Cette opinion n'engage nullement l'auteur de ce blogue.

4 commentaires:

Philippe M., de Nantes a dit…

Cette ressemblance avec Brejnev et mao fait transparaitre l'évidence : Zitrone, né à Petrograd, était d'évidence une taupe bolchevique, dont l'action pernicieuse a fait plus d'une fois perdre la France dans des évènements aussi prestigieux que l'eurovision, le prix d'amérique ou Intervilles (ou il s'ingéniait à donner de nos campagnes une image pataude et ridicule).

Du coup il semblera évident à vos lecteurs avisés que cette Alix est un agent du SDECE qui n'hésite pas à user de ses charmes pour séduire Leon (la scene de la baignoire est éloquente).
Et bien sur la publication de cet opuscule est un message destiné aux rouges pour leur montrer que leur agent est démasqué par nos valeureux services secrets, qui s'illustrent la encore dans leur lutte contre les forces du mal.

jerome a dit…

Venons en à la question qui intéresse tous vos lecteurs : avez-vous mis en pratique cette connaissance livresque en vous adonnant vous même aux jeux de courses? Les conseils furent-ils judicieux ? Avez-vous fait pétér la timballe ? Rencontre-ton plus facilement des filles dans un bain une fois qu'on a lu ce livre ?
Et surtout, y a t'il une suite à cet ouvrage prévue prochainement ?

Anonyme a dit…

Môssieur l'Hippopotable,

Vous m'obligeriez en remplaçant le Rip Kirby de Prentice par celui de son véritable père, Alex Raymond.

A part ça, j'ai joué Gélinotte gagnante et Idéal du Gazeau placée. Elles ne sont toujours pas arrivées et j'ai perdu mes 2 Francs cinquante nouveaux (250 anciens Francs).

KA.

Paul a dit…

Philippe M : Intéressante analyse. Je met Raymond Cartier sur cette affaire.

Jérôme : En effet, j'ai eu l'occasion de lire dans mon bain un livre sur les timbales. Il est peu probable que Léon Zitrone sorte de sa retraite et des son tombeau pour écrire une suite, mais dans la même collection, on trouve également : "Le bridge" par JM Roudinesco et "Le Golf" par Gary Player.


Ka : Je reconnais bien là votre snobisme. Pourquoi Alex Raymond aurait il droit à tous les honneurs, une fois de plus ? Raymond a illustré cette série de 1946 à 1956, et Prentice de 1956 à sa mort en 1999. Avez vous pensé à l'amertume de la veuve Prentice et de ses orphelins lorsque la presse continue à citer Raymond sans un seul mot pour l'œuvre de leur époux et père ? Et dans ce cas, pourquoi pas dire "Spirou de Rob Vel" ?
Et puis accessoirement je n'avais qu'un recueil de Prentice sous la main au moment d'écrire cette chronique.