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mardi 5 février 2013

Enseignement Chrétien : notions usuelles

… « Les cieux racontent la gloire de Dieu". (Fernand Deligne, vers 1910) Auteur : «  un inspecteur diocésain »   Note de l'Hippopotable : ****




Science, rigueur, moisi : trois noms qui s'appliquent à La Bibliothèque Idéale de l'Hippopotable, et qui sont aujourd'hui magnifiquement illustrés par cet ouvrage rédigé il y a un siècle par l'auteur signant simplement "un inspecteur diocésain".

Le souci de vérité et de précision de ce manuel, destiné aux collégiens, en fait une référence dont la lecture,  aujourd'hui encore, serait profitable à bien des jeunes gens.



Dès le premier chapitre, l'illustration de cet ouvrage allie à la beauté du trait la précision scientifique des informations : on admirera dans le dessin de la Création des êtres rarement documentés dans les ouvrages même les plus pointus, tels la licorne ou Dieu le Père.



Tous les hommes descendent d'Adam et Eve : voici, clairement exposée, la base d'une approche dépassionnée et transparente de notre condition de roi de la création.





Chaque partie de l'ouvrage donne des informations détaillées et factuelles, avec une mise en perspective historique qui apporte une touche d'authenticité bienvenue : le rappel des plaies d'Egypte éclaire ainsi le chapitre sur les batraciens.




Bien des notions scientifiquement complexes telles que celle d'animaux nuisibles sont éclairées par le rappel de causes irréfutables comme le péché originel.



Même dans des ouvrages de neurologie récents, on trouve rarement de description plus exacte et pertinente des liens entre cerveau et âme.


Le style de l'anonyme inspecteur diocésain est toujours alerte et imagé, comme dans ce paragraphe sur l'électricité statique, bien plus vivant qu'un assommant diagramme bourré d'équations.


Toujours rappeler les causes finales des phénomènes scientifiques, et les mettre en perspective : bien des vocations de chimiste, de physicien ou de sacristain sont nées de la lecture de ces lignes.


Les grandes figures de la science moderne sont convoquées pour donner une caution intellectuelle indiscutable à cet ouvrage pédagogique.


Parfois, lorsque la science s'avoue impuissante à tout expliquer, l'auteur a le courage d'admettre ses limites.



Espérons que la lecture de ces quelques extraits inspirera messieurs et mesdames les auteurs de manuels scolaires, si souvent hélas dotés d'un esprit bien étriqué et partisan. Que l'esprit saint puisse les oindre de sa sainte clairvoyance et leur dicter des ouvrages propres à former nos jeunes dans la sainteté et la dévotion qui leur font trop souvent défaut.






Un ouvrage indispensable

jeudi 2 février 2012

La lettre à Christophe

une aventure de Jacky, Isabelle et Plouf (Nathan, 1975) Auteur : Raymond FAIVRE Note de l'Hippopotable : ****

 
Non, il n'est pas dans cet article question de la « Lettre à Christophe de Beaumont » annotée par Voltaire, ni la lettre adressée à Christophe Colomb par Toscanelli.  

Mais d'une bande-dessinée commandée par le service de l'information et des relations publiques des P & T en 1975, et exécutée par un artiste sorti de l'ombre à cette occasion pour y replonger aussitôt quelques heures plus tard, sa noble tâche accomplie, tel un Zorro maniant pinceau et feutre en lieu et place de l'épée et du fouet. Son nom claque tel un coup de tonnerre : Raymond Faivre.


Raymond Faivre nous livre ici une œuvre colossale, entière, sans compromission et sans concession aux modes, aux sirènes du commerce ou aux normes aliénantes de la technique. Son dessin, direct, simple, faussement maladroit, comme sa narration qui emprunte tours et détours pour  nous révéler en 34 planches ce qu'elle aurait pu dire en cinq, révèlent un artiste majeur, délivré de toute contrainte extérieure, une figure brute comparable au Hergé des débuts ou au Mœbius de la fin, comparaisons qui tournent d'ailleurs en sa complète défaveur.

Place aux extraits, qui vont vous plonger au cœur d'un récit dont vous ne sortirez pas indemnes.

 

Dès la première planche, le dispositif graphique et narratif est posé. Un monde presque onirique, dual : des héros jumeaux (notez le J de Janus), deux couleurs dominantes, deux F à «Poff»… Et d'emblée, le thème de l'œuvre est posé : le passage de l'autre côté du mur, tel celui d'Alice derrière le miroir : nous sommes dans un roman initiatique, dans la révélation des mystères postaux.


La planche suivante nous donne accès à un monde plein de voitures jaunes. Quatre Renault Quatre, c'est bien sûr le carré Kabbaliste symbole de perfection et de levier de vitesses au tableau de bord.



Dès la planche trois apparaît la figure de l'Initié-Initiant - Maître spirituel à la fois punisseur et dispensateur de bienfaits, figure d'autorité et dépositaire d'une cravate rayée vraiment sensationnelle. Il sera notre guide tout au long de ce voyage vers la connaissance des procédures postales.



Le Guide emporte nos héros hermaphrodites dans un voyage sans retour. Il les arrache symboliquement à la sphère parentale (rappelée pour être aussitôt bafouée) pour les transporter dans un univers peuplé exclusivement de voitures de la Régie Renault.


Sous la férule du Guide, qui révèle une personnalité autoritaire très déplaisante, une série d'épreuves attend nos Roux et Combaluzier aux cheveux d'or : de spectateurs, ils deviennent ainsi acteurs de leur propre destin, tels de modernes Sisyphes trainant des sacs presque vides, que la vie se chargera de remplir pour eux.


Les voici bientôt dans le train postal qui va les emmener au loin, vers la révélation des mystères ultimes.


 

La scène clé du livre se trouve au bout de la voie ferrée. C'est ici que le destin de la missive postée au début de l'album est révélé. Perte de l'innocence, prodiguée par un technicien doté des lunettes qui lui permettent de voir la vraie nature du monde. On pense à Invasion Los Angeles de Carpenter, et bien sûr à Soleil Vert : «Les lettres sont des gens !»




Quel ennui.


Ayant acquis le savoir qui les affranchit de leur condition de simples mortels, les héros accèdent symboliquement au monde divin en prenant l'avion. "On va entrer dans les nuages", commente Isabelle, prête à découvrir cet au-delà riche de promesses et de menaces ; "tu as vu ce tableau de bord", répond Jacky pour lui rappeler qu'ils ne sont en aucun cas "aux commandes". Pilote et Co-Pilote, figurant le Père et l'Esprit Saint, complètent le Guide-Messie qui les a reliés au Ciel.


 Le  chien, symbole de leur nature animale et matérielle, se retrouve alors entravé, enserré dans les liens des ceintures de sécurité. On songe à un Idéfix au pays du bondage, audacieux croisement d'Uderzo et de John Willie. On songe aussi à refermer l'album, mais il nous reste pas mal de pages à lire en baillant.



 L'avion atterrit, et nos héros prennent place dans un camion postal qui va les mener vers la capitale. Le chauffeur, tel le nocher Charon, les avertit des épreuves qui les attendent.



 Encore une fois, il faut se confronter à des Renault. Ici une R16, oui,
mais d'une couleur qui nous indique clairement que nous sommes dans le monde du rêve.





Au terme de ce voyage, les héros accèdent enfin au bureau de poste du VIIeme arrondissement, ultime étape de tout voyage initiatique.  Il faut tout le talent de Raymond Faivre pour rendre la majesté de ce décor à couper le souffle d'un asthmatique.



Les explications sur les aspects les plus hermétiques de l'institution postale nous sont livrés sans aucune image. Choix judicieux, qui souligne la vanité de représenter de façon figurative des concepts tels que "guichet" ou "téléphone".



Ultime message, volontairement abscons, qui teste les limites de nos capacités cognitives. Alors qu'on croit avoir tout expliqué, tout découvert, le guide fait vaciller nos certitudes : cet "un jour prochain" sonne comme la promesse d'une rédemption future, d'un jugement dernier postal, au cours duquel tous les courriers égarés arriveront à leur destinataire. Il donne à cette dernière case une dimension eschatologique qui contraste avec le faussement ingénu "oh oui monsieur".
Rarement le mot "fin" aura été écrit aussi gros sur une case de BD.


Un ouvrage indispensable
 

mardi 12 janvier 2010

Comment connaître votre avenir


… "toutes les méthodes traditionnelles de prédiction".

(Editions Princesse, Paris, 1976
traduit de Marshall Cavendish, 1975)
Auteur : Anonyme

En ces premiers jours d'une nouvelle décennie, c'est tout naturellement que notre attention se tourne vers l'horizon brumeux de notre destinée. Quels évènements nous réserve le futur ? Bonheur, richesse insolente, amours torrides, prix Nobel, ou au contraire déchéance morale et physique, revers de fortune, sarcasmes, ongles incarnés, mort et oubli ?

L'affaire est sérieuse. Afin d'en savoir plus, nous vous recommandons aujourd'hui un ouvrage qui ne se contente pas de hasarder quelques trucs de bonne femme, mais propose une compilation exhaustive de méthodes d'une rigueur quasi scientifique et des photographies époustouflantes.

En voici un rapide survol.

Augures, oracles et signes

Sous ce titre plutôt général, le premier chapitre nous propose un paquet de méthodes de divinations simples et souvent surprenantes, notamment :

- figures et formes
Une recette simple : «prenez un œuf, séparez le blanc du jaune et mettez le blanc dans un bol plein d'eau à raz-bord. Au bout de 24h, des grumeaux se seront formés et vous pourrez les analyser.» Oui, mais comment ? La clé de l'ovomancie reste à découvrir par soi même.

- le chat
Très simple : posez une question puis appelez votre chat. «Si c'est la patte droite de devant qui apparaît la première, la réponse sera oui». Et si rien n'apparaît, c'est que votre chat est sourd.

- les démangeaisons
Mais oui, même l'urticaire peut nous être utile pour prédire l'avenir (en général : problèmes de santé).

- les grains de beauté
Eux aussi nous en disent long, pas exactement sur l'avenir, mais sur notre caractère. Exemple : à la cheville, «raffinement conduisant chez l'homme au dandysme» (il est vrai que si un homme est capable de repérer un grain de beauté à cet endroit, c'est qu'il a les pieds propres, signe d'une personnalité maniérée).


L'étude des feuilles de thé


Non, il ne s'agit pas d'une réunion Tupperware mais bien d'un très ancien rituel de Théomancie.


Nous apprenons dans ce chapitre que le dépot se trouvant au fond des tasses de thé a «souvent été considéré comme un fil conducteur relié au destin». Mais on ignore par qui. L'auteur ajoute «on a pensé que seuls ceux qui avaient des "pouvoirs pschyques" pouvaient lire dans les tasses, mais personne n'a été capable de définir avec précision ce genre de pouvoirs». Il en tire, avec un esprit scientifique d'une grande rigueur, la seule conclusion possible : «vous aussi les possédez, consciemment où non».

Exemple : on peut ici prédire l'achat prochain d'une passoire correcte.


Contrairement à la divination par les grumeaux de blanc d'œuf citée plus haut, l'auteur de ce livre nous offre ici une extraordinaire et quasi exhaustive compilation des saletés que l'on risque de trouver au fond de sa tasse chez une hôtesse mal équipée; et de leur liens avec les vibrations des plans supérieurs de l'existence.


Pas moins de six pages similaires à celle-ci sont consacrées à ces âneries (cliquez dessus si vous tenez à lire des interprétations audacieuses telles que : «un joug : domination» ou «un squelette : mauvaise santé»).

Les dés

Imparable introduction : «Les Egyptiens les connaissaient, les Grecs également». Tout est dit Comme souvent dans le domaine de l'ésotérisme on se soucie peu de savoir si les Petchenègues, les Ouïgours ou les Hurons jouaient aux dés.


Qui paiera l'addition ? Quelle coiffure est la plus élégante ? Autant de questions auxquelles les dés vont répondre.


La phrénologie : interprétation des bosses sur la tête

Cette discipline qui fleure bon le déterminisme du XIXeme siècle était quelque peu tombée en désuétude, la voici remise au goût du jour par cet ouvrage. «La phrénologie a actuellement quelque peu perdu son crédit en tant que science, bien qu'elle ait encore ses adeptes», prévient honnêtement l'auteur (des noms ! est-on tenté de répondre).


Seul inconvénient à cette technique : le sujet doit accepter de se raser le crâne, où attendre un âge où sa calvitie est complète, la prédiction de son avenir se résumant hélas à ce moment à «une mort probable dans les 5 ans à venir».


Les lignes de la main


L'auteur, prudent, précise : «On ne peut être sûr, actuellement, que les lignes de la main prédisent l'avenir». Puis il consacre dix pages à expliquer comment prédire l'avenir par ce moyen.


«Oui, c'est une grosse verrue»



La prédiction par les cartes

« Toutes les cartes à jouer sont mystérieuses : leurs rois, aux barbes bouclées, nous regardent de façon énigmatique», déclare l'auteur, qui n'a sans doute jamais joué à la bataille cachée à l'aide d'un jeu «Dora l'exploratrice».

Ancienne Egypte, Grèce et Inde sont ici à nouveau évoquées, au mépris des Basques ou des Bigoudens, qui pourtant tapent le carton avec assiduité dans certains débits de boisson du Finistère.


Mention spéciale à Malcolm Soular pour cette photo, qui évoque Vermeer par la finesse, La Tour par le sens de la composition ou Patrick Juvet par la coiffure.



Le I-Ching ancien

Yin, Yang, Lao Tseu, Confucius et Ch'in Shih Huang Ti garantissent à cette méthode une aura qui ravalent Néfertiti ou Hérodote au rang de simple pèquenots bas-bretons (que nos auditeurs de l'Ouest ne voient ici qu'une comparaison flatteuse).
Déception : pour utiliser cette méthode sans égale, il vous faut le Livre (visible sur la photo). Hors de prix et en chinois, cela va sans dire.

Oracle, dois-je changer de décorateur ?


Note d'espoir pour nos auditeurs : les éditions Hachette ont publié une version simplifiée de cet ouvrage dans le «2eme manuel des Castors Juniors», en 1975 également (pages 172 à 185). Nous pouvons vous procurer pour une somme modique une copie des pages de cet ouvrage, qui dévoile les secrets de l'univers aux jeunes canards coiffés d'un bonnet en poil de castor.


Mieux que le Grand Albert et le Necronomicon




Note de l'Hippopotable : ****



Un ouvrage indispensable

Une nouvelle fois, merci à l'Horreur des Marais pour ce prêt.