mercredi 22 juin 2016

La cuisine merveilleuse et amusante






(Fernand Nathan, 1971) Auteur : Lise MARIN 



A l’heure de la cuisine-réalité et des omelettes moléculaires, il est bon de se pencher sur cet ouvrage à la prometteuse odeur de moisi. Car s’il est courant qu’un livre promette des recettes appétissantes, voire savoureuses, il n’est pas si courant qu’il nous allèche avec une cuisine merveilleuse et amusante



concombre entier, radis noir, vinaigre et poivrons crus : 
voici un saurien qui achèvera de terrifier les enfants amateurs de légumes.



Dès les premières pages, le ton est donné : Lise Marin ne se soucie ni du goût ni de l’esthétique, elle met sa créativité toute entière au service d’une cuisine figurative, mi naïve, mi niaise, que l’on peut qualifier de « scary food ». 


 Une entrée qui réunira les amateurs de jambon blanc et les électeurs de Patrick Balkany

Chaque recette explore une facette différente des loisirs créatifs. Le légume ou la viande se font pigment, feutrine, toile ou papier crépon pour un ravissement des yeux et de l’hypothalamus.


Mise en abyme : quand le hot-dog achève sa métamorphose en teckel. 

On n’imagine pas que des humains vont un jour oser ingérer les plats proposés ici. Il semble même improbable que les lecteurs se lancent véritablement dans leur réalisation. Miracle :  il suffit de savoir que ces recettes existent pour que toute sensation de faim disparaisse.


Tout est permis, alors !

Les dernières recettes de cet ouvrage confinent véritablement au fantastique - dans le sens littéraire du terme. Les fruits se font serpent de mer, et de leurs yeux de réglisse semblent nous mettre au défi de les ingérer. Des fulgurances stylistiques telles que « Epluchez une banane pour en faire un dauphin » révèlent la filiation de ce projet : surréaliste après l’heure, il nous invite à reconsidérer tout ce que nous croyions savoir du « bon goût ».




Note de l’Hippopotable : **** 

    Un ouvrage indispensable

mercredi 19 février 2014

Madame Casserole, Monsieur Bouchon, Monsieur Petit Seau…

collection Badaboum (The Early Morning Publishing, 1990-911) Auteur : Jean-Luc Morel. Illustrateur : Daniel Orgeval

Qui aurait parié, en 1990, sur le succès d’une série d’albums pour enfants reposant sur l’anthropomorphisation d’objets aussi excitants qu’une casserole, un bouchon ou un seau en plastique ? Pas grand monde, à part visiblement Jean-Luc Morel.

Avec courage, l’auteur de chansons à succès comme « souffler dans l’ballon » (interprétée par Patrick Topaloff) ou « Les calendriers » (le fameux tube de Michel Leeb), se lance dans la rédaction d’une série fleuve dont l’ambition n’a rien à envier à la « Comédie Humaine » de Balzac ou aux « Rougon Macquart » de Zola. 
Sobrement intitulée « les Babalous », cette saga met en scène des personnages complexes et attachants (en particulier la casserole, qui n’a pas de revêtement anti-adhésif), aux personnalités tourmentées, qui évoluent dans un monde en perpétuelle mutation (en général : une cuisine).





En dépit de son titre plein de sous-entendus graveleux, cet ouvrage peut être mis entre toutes les mains sans risquer traumatisme plus grave qu’un violent accès de bâillements.




La vie n’est pas toujours rose chez les Babalous, 
qui traversent des épreuves pénibles, au moins pour le lecteur.


Titre qui marque une rupture dans la série, avec l’audacieux usage d’un adjectif pour qualifier ce Babalou (« petit » : par la taille, mais non par l’ambition littéraire)



Tout comme Frédéric Moreau, le héros de lEducation Sentimentale de Flaubert, Petit Seau est confronté à la tentation (via mademoiselle Pelle, qui ne manquera pas de le rouler) et à d’amères déceptions (symbolisées par le personnage ambivalent du Râteau).




Audace de Daniel Orgeval, le talentueux illustrateur de la série : l’alcoolisme du personnage, trait rare dans la littérature enfantine, est suggéré par la mise en couleur hardie de son appendice nasal.




Un final ouvert, véritable leçon de vie : la dimension initiatique des Babalous est ici clairement assumée. On songe à la Montagne Magique de Thomas Mann, ou encore à un emballage de chocolat au lait vers 1980.



La série sera adaptée en dessins animés en 1996, avec pas moins de 130 épisodes, et des noms prestigieux : c’est Roger Carel lui même qui prête sa voix à Monsieur Bol, Clé à Molette et Parapluie. Preuve que les projets éditoriaux les plus modestes peuvent déboucher sur des séries télévisées à succès. Ou tout au moins, sur des séries télévisées. 


Et soudain, devant nos yeux émerveillés, torchons et fourchettes prennent vie.


Note de l’Hippopotable : **** Des ouvrages indispensables


Si vous possédez « madame Eponge » ou « Monsieur Torchon », merci de contacter nos services. Nous sommes prêts à envisager un échange contre « mademoiselle Brosse à dents » dont nous avons trois exemplaires dont la fameuse réédition à jacquette verte de 1994 avec le logo de la Fédération des Dentistes du Berry.


vendredi 31 mai 2013

Auxiliaire moderne de conversation méthodique

(Österreichischer Bundesverlag, 1937) Auteurs : Jeanne Pépiot et Robert Vian



Un manuel de conversation : «  Encore  ? » s’exclament certains auditeurs, lassés (et ils ont leurs raisons)

Oui, mais celui-ci ne se propose pas de vous faire prononcer correctement la langue de Chexpire : il a pour but de vous apprendre les mots les plus usuels de celle de Gueute

Cette entreprise, en soi, est relativement commune. « Pourquoi alors nous déranger en pleine sieste et nous imposer ce pensum teutonomane ? », répliquent les mêmes auditeurs acariâtres.

Parce que cet ouvrage est exceptionnel :
- D’une part en raison de ses magnifiques caractères gothiques qui raviront les amateurs de typographie et de « rock’n roll » neurasthénique.
- D’autre part en raison du choix de ses listes de vocabulaire, qui ravira les amateurs de… heu… eh bien, de tout.

Laissez vous entraîner dans la lecture de morceaux choisis, tel des Walkyries emportées par les flots tumultueux du Rhin, et gageons que vous saurez y trouver quelques brillantes pépites.


Le logis (Das Obdach)

Il semble logique que le voyageur, perdu entre Forêt Noire et vertes prairies de la Ruhr, cherche un toit. Gageons que ces éléments de langage lui seront utiles.



Le Football (Der Fußball)

Nous ne souhaitons pas ici raviver les plaies des heures les plus sombres de l’histoire de deux grandes nations, nous éviterons donc de rappeler certains épisodes douloureux d’un temps heureusement révolu. 

Mais le sport peut aussi servir de trait d’union entre les peuples, surtout aux dépens des Bataves.

Si Patrick Battiston lit ces lignes, qu’il sache tout de même que nous n’avons ni oublié ni pardonné.




L’Apiculture (Die Bienenzucht)

« Lorsque j’entends le mot Apiculture, je sors mon pistolet », disait un fameux homme d’état germain.
Il était donc logique d’inclure un chapitre sur les industrieuses abeilles dans ce manuel de conversation.




La Guerre (Der Krieg)

Il serait déplacé d’associer, une fois de plus, les relations franco-germaniques aux épisodes belliqueux qui ont éprouvé nos deux nations. D’autant plus que nous avons déjà mis la pâtée aux boches par deux fois, et que s’ils nous cherchent, ils nous trouveront.

L’heure est à la réconciliation, aux jumelages et aux échanges scolaires. La liste de vocabulaire suivante sera donc surtout utile pour composer des phrases telles que « Les liens culturel entre nos deux villes constituent le canon à longue portée d’une politique volontariste, qui protégera les générations futures, tel un masque à gaz, des torpilles de la haine et des shrapnels de l’incompréhension ».




Les bonnes manières (Manieren)

Il va de soi que le rapprochement entre les peuples n’est pas fait que de grands discours : c’est à travers de menus gestes que chacun peut manifester son admiration pour le génie du peuple qui a enfanté Schiller, Beethoven, Thomas Mann et Nena.




La Mort ( Der Tod)

Eh oui.



Argot et  parisianismes

Ce sensationnel ouvrage se conclut par une double page entièrement consacrée au langage si fleuri de nos gavroches, titis et apaches. Un chapitre qui à lui seul justifie l’achat de ce manuel.














Note de l'Hippopotable : **** Un ouvrage indispensable

mardi 5 février 2013

Enseignement Chrétien : notions usuelles

… « Les cieux racontent la gloire de Dieu". (Fernand Deligne, vers 1910) Auteur : «  un inspecteur diocésain »   Note de l'Hippopotable : ****




Science, rigueur, moisi : trois noms qui s'appliquent à La Bibliothèque Idéale de l'Hippopotable, et qui sont aujourd'hui magnifiquement illustrés par cet ouvrage rédigé il y a un siècle par l'auteur signant simplement "un inspecteur diocésain".

Le souci de vérité et de précision de ce manuel, destiné aux collégiens, en fait une référence dont la lecture,  aujourd'hui encore, serait profitable à bien des jeunes gens.



Dès le premier chapitre, l'illustration de cet ouvrage allie à la beauté du trait la précision scientifique des informations : on admirera dans le dessin de la Création des êtres rarement documentés dans les ouvrages même les plus pointus, tels la licorne ou Dieu le Père.



Tous les hommes descendent d'Adam et Eve : voici, clairement exposée, la base d'une approche dépassionnée et transparente de notre condition de roi de la création.





Chaque partie de l'ouvrage donne des informations détaillées et factuelles, avec une mise en perspective historique qui apporte une touche d'authenticité bienvenue : le rappel des plaies d'Egypte éclaire ainsi le chapitre sur les batraciens.




Bien des notions scientifiquement complexes telles que celle d'animaux nuisibles sont éclairées par le rappel de causes irréfutables comme le péché originel.



Même dans des ouvrages de neurologie récents, on trouve rarement de description plus exacte et pertinente des liens entre cerveau et âme.


Le style de l'anonyme inspecteur diocésain est toujours alerte et imagé, comme dans ce paragraphe sur l'électricité statique, bien plus vivant qu'un assommant diagramme bourré d'équations.


Toujours rappeler les causes finales des phénomènes scientifiques, et les mettre en perspective : bien des vocations de chimiste, de physicien ou de sacristain sont nées de la lecture de ces lignes.


Les grandes figures de la science moderne sont convoquées pour donner une caution intellectuelle indiscutable à cet ouvrage pédagogique.


Parfois, lorsque la science s'avoue impuissante à tout expliquer, l'auteur a le courage d'admettre ses limites.



Espérons que la lecture de ces quelques extraits inspirera messieurs et mesdames les auteurs de manuels scolaires, si souvent hélas dotés d'un esprit bien étriqué et partisan. Que l'esprit saint puisse les oindre de sa sainte clairvoyance et leur dicter des ouvrages propres à former nos jeunes dans la sainteté et la dévotion qui leur font trop souvent défaut.






Un ouvrage indispensable

vendredi 31 août 2012

Enfants terribles de l'histoire

(Touret, 1975) Auteur : André LEFEVRE. Illustrateur : V. RYBALTCHENKO  



Dans son avant-propos, André Lefèvre, auteur de cet ouvrage, nous livre son ambitieux projet : 
«Rien - ou presque - ne les différencie de vos camarades de CES. Des enfants terribles qui n'effrayèrent personne. Mais qui ont laissé leur nom dans l'Histoire des Hommes.»

Ce n'est certes pas le cas de l'auteur lui-même, car bien qu'il accole à sa signature «Lauréat de l'Académie Française», il n'apparait nullement dans la liste des auteurs primés par l'institution susmentionnée.



Une cabale qui a effacé les archives pour 1975, année de publication de cet ouvrage !


L'acharnement dont a été victime cet auteur ne nous empêchera pas de montrer enfin au plus grand nombre d'amples extraits illustrés de son livre, somme d'érudition qui n'hésite pas à employer les procédés de la presse à sensation pour nous faire découvrir la petite histoire des sacripants qui ont fait la grande.

un mystérieux rouquin orne les pages de garde


 Napoléon Bonaparte
«On l'appelle aussi Raboulione», nous apprend André Lefèvre.


Walt Disney
«Malgré son jeune âge, le jeune Disney se lève tous les matins à 3 heures»


Rockefeller
«Un jour, se promenant dans la forêt, il découvre un nid de jeunes dindons.
 Il les prend, élève et engraisse les petits avec beaucoup de soin…»


Léonard de Vinci
«Le pauvre homme le crut tellement réel qu'il craignit d'être dévoré et il s'enfuit à toute jambe.»

Sarah Bernhardt
«Au fond d'elle même, la jeune Sarah est contrariée de ne pas avoir été choisie pour interpréter l''archange»

Surcouf
«Attention au chien (sic)»

Vous avez bien compris le principe de ce livre d'histoire pas comme les autres ? Vous pouvez maintenant participer au

PETIT CONCOURS le la BIDH

Les noms de ces «enfants terribles» ont été coupés par notre maquettiste indolent. 
Saurez-vous les retrouver ? 
Les 2500 premiers auditeurs nous envoyant les bonnes réponse (en commentaire ou par tout autre moyen de communication) se verront remettre un authentique objet d'art.

photographie absolument pas contractuelle

enfant terrible 1 
indice : il se prénomme Hans Christian.

enfant terrible 2
indice : lisez attentivement le titre

enfant terrible 3
Indice : son nom ressemble à un végétal délicieux en omelette.

enfants terribles 4
Indice : c'est une idée déplacée de les avoir mis dans cet ouvrage.

HA ! HA ! HA ! HA !



Note de l'Hippopotable : **** Un ouvrage indispensable